Le Tumblr d'IMtheRookie | Des choses à dire, à montrer, à partager…

Le Jackie Brown du film de jouet

C’est fou ce que le temps passe vite. Je me revois encore du haut de mes 11 ans, un samedi soir je crois, avec un sourire « comme ça », mes soeurs et des cousins, déjà en pyjama, Toy Story en cassette-vidéo et des crêpes au Nutella. 

Oh le film je le connaissais, je l’avais vu au cinéma. C’était super impressionnant avec des image de synthèses en 3D vachement chouettes. C’était tout fait sur ordinateur. Pas comme le Roi Lion et ces autres trucs que j’aimais bien quand même mais qu’étaient pas pareils. Et puis je savais aussi que c’était fait par Pixar, et que le boss de Pixar c’était le même que celui d’Apple, la super marque qui faisait les ordinateurs qu’on avait à la maison comme le Performa 6200 qui était cool parce qu’il avait un lecteur de CD-Rom.

Ce soir-là j’avais dû y aller de mes « Buzz l’éclair à la rescousse ! » et « Vers l’infini et au-delà ! » une bonne centaine de fois avant d’aller me coucher, repus des crêpes aux sucres que je m’étais faites aussi pour varier avec celles au Nutella.

Le film de la maturité.
Depuis j’ai grandi et je peux même dire que j’ai commencé à vieillir et que je retrouverai jamais ça. L’enfance perdue, celle qu’Andy devenu grand abandonne avec sa chambre en partant à l’université, c’est la moitié du propos de Toy Story 3. C’est exprimé plutôt joliment, et pour peu que vous soyez un peu coulant d’un point de vue lacrymal, ça pourrait bien vous tirer quelques larmes en fin de film. Mais ce qui fait la véritable force de ce 3ème épisode c’est l’autre moitié, le propos porté par les jouets qui se tapent une putain de crise existentielle : « Pas facile de vieillir ! ».

Le Jackie Brown du film de jouet.
Ouais, rien que ça. Toy Story 3 n’est pas le meilleur Pixar, il est même assez loin derrière le chef-d’oeuvre absolu qu’est Wall•E, en dessous aussi de la boule de plaisir cinématographique qu’est Monstres & Cie, mais il contient en sourdine un truc immense : le spleen expliqué aux enfants, le foutu temps qui passe et nous regarde en riant, la mort en face, l’angoisse.

Un peu comme le troisième film de Tarantino, donc, merveille déceptive sur le temps qui file et les rides qui se creusent.

Et bien Toy Story 3 ne parle que de cela. D’abord les jouets se voient vieillir, mais plus que l’usure du temps c’est la désaffection de leur propriétaire qui les pousse dans une simili-maison de retraite.

La vieillesse c’est pas les rides, c’est les enfants qui vous oublient. Tout est dit.

La recette magique de Pixar tient dans la transposition de thématiques familières dans des univers qui ne le sont pas. Redire les évidences de la vieillesse avec des jouets donne lieu à un récit édifiant de clarté, expliquer la mort aux enfants et du même coup la comprendre un peu mieux. Wow !

Autour de tout ça, autour du spleen sidérant qui hante Toy Story 3, il y a une véritable science de la mise en scène. De vrais morceaux de bravoure sont là pour nous le rappeler. On retient notamment : un travelling aérien sur la garderie/prison, une scène d’anthologie à la déchèterie, et une idée géniale d’alternative au corps de Monsieur Patate.

Parfois un peu terne, Toy Story 3 est sans doute le plus mature de tous les Pixar. Et parce qu’il devrait, sans problème, supporter deux ou trois visions supplémentaires, je verrais bien ce buddy movie de classe trôner entre Jackie Brown et Rio Bravo dans ma DVDthèque.

()

blog comments powered by Disqus