Redacted : Fragments de barbarie
Le 5 février 2003, Colin Powell et John Negroponte donnent une conférence de presse dans le hall du Conseil de Sécurité de l’ONU pour défendre la décision du gouvernement américain d’envahir l’Irak. Derrière eux un grand rideau bleu cache la reproduction d’un des plus impressionants chef-d’oeuvre du XXème siècle, le Guernica de Pablo Picasso.
La toile originale, réalisée à la fin des années 30 par le peintre espagnol est une violente dénonciation de la barbarie du bombardement de la petite ville de Guernica en 1937 par la Luftwaffe. Plus de 1500 civils furent tués (sur 5000 habitants) et la ville presque entièrement détruite. 66 ans après, à New York, l’oeuvre fait toujours scandale et les diplomates américains de s’expliquer : « Il serait inapproprié que Collin Powell parle aux médias du monde de la guerre en Irak entre l’image d’un cheval agonisant et d’une mère tenant son enfant mort entre les mains ». L’analyse selon laquelle les images sont en partie la cause de la défaite des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam sont courantes et dès avant l’ouverture du conflit Irakien, l’administration Bush a tenté de prendre soin des images qu’il allait susciter. Dans l’un de ses articles François-Bernard Huyghe, spécialiste des stratégie de l’information, cite à ce sujet Hannah Arendt : « Faire de la présentation d’une image la base de toute politique, chercher, non pas la conquête du monde, mais à l’emporter dans une bataille dont l’enjeu est « l’esprit des gens », voilà quelque chose de nouveau dans cet immense amas des folies humaines enregistrées par l’histoire. ». Le film de Brian De Palma, Redacted, accueilli, selon ses propres mots, avec une “extrême hostilité” par la presse américaine, entreprend d’aller à l’encontre de cette mise en scène contrôlée au moyen d’une “reconfiguration” des images ****
toutes les images sur le même plan / référence à la presse / monochromie et pelage du cheval image de la pieta ? / tête décapitée / au premier plan peint dans l’urgence / oeuvre composite / difficile à regarder en face
Car Redacted c’est Guernica.
Dans soixante ans peut-être l’histoire se répétera, des officiels tireront un voile de prétendue pudeur sur le film de Brian De Palma tout en essayant de justifier de futures exactions. Mais derrière le rideau bleu de l’ONU ou dans les salles obscures, la barbarie reste fixée : terrible, désolante mais sublime car De Palma comme Picasso a inventé là un art nouveau. le cinéma explose et s’infiltre partout où l’on trouve des images
http://www.slate.com/id/2078242/
(il y a 1 an)Pénétrer le milieu
Une pure affaire commence comme un film américain. Le monologue vaguement existentiel de David, desperate père de famille, accompagne en off la caméra dans les suburbs (on doit en fait être à Créteil ou quelque chose comme ça) jusqu’au lit du personnage susmentionné (joué par l’excellent François Damiens) qui se réveille et se prépare pour une journée de turbin.
En fait de turbin, David travaille dans un grand cabinet d’avocat à la Défense. François Damiens en avocat, on n’y croit jamais vraiment… mais ce n’est pas un problème car l’inadéquation entre les personnages et leurs occupations constitue le principal ressort comique du film. En fait, tout « va mal » : la doudoune est trop grande et la voiture trop petite, c’est globalement la vie qui est mal ajustée.
Dont acte, la vie doit changer. Comme un cadeau tombé du ciel, quelques kilos de coke vont tout bouleverser, permettre à la famille Pelame de sortir de sa torpeur et à l’histoire de démarrer.

Quelque part entre Family Business et Braqueurs amateurs, on navigue en terrain connu (sans compter les séries Breaking Bad et Weeds). Une famille normale (ou presque) met le doigt dans de sales affaires et les ennuis commencent.
Décalage : comédie.
Reste à savoir comment la situation va être traitée. Entre la noirceur de ma première référence et la frénésie de la seconde, Une pure affaire ne choisit jamais vraiment. C’est d’abord tant mieux, le film gagnant ainsi en subtilité, mais en définitive dommage : la fin étant franchement ratée.

Quoi qu’il en soit, la richesse de ce sympathique premier film est ailleurs. On note d’abord la qualité de la mise en scène, de belles idées de plans et une photo soignée. Belle réussite aussi dans l’exercice qui consiste à filmer le quartier de la Défense et ses bureaux absurdes. On est ici dans la lignée d’autres films comme Du jour au lendemain, Notre univers impitoyable ou (encore mieux) La Personne aux deux personnes et c’est très bien. Le dernier bon point va évidemment aux acteurs, tous parfaits à part Nicolas Marié et Laurent Lafitte toujours un peu dans le sur-jeu, et la révélation de Pascale Arbillot bien meilleure que dans Les Petits mouchoirs. Damiens est tellement bon qu’il n’est presque pas nécessaire d’en parler : ni aussi grotesque que François l’embrouille, ni aussi austère que dans son rôle de La Famille Wolberg, il est juste et dans le ton.
Au final, si Une pure affaire a des faux airs de film américain, c’est paradoxalement parce qu’il accomplit l’utopie bien française d’être un « film du milieu ».
(il y a 2 ans)
(il y a 2 ans)“I’m so tired! … Not surprised. It’s tiring to kill a man.”
“You wanna play me?” – Napoleon Dynamite (2004) (via iwdrm)
(il y a 2 ans)Top albums 2010
(via chamoi qui remercie l’œil de @lendla et son appareil photo)
(il y a 2 ans)Le travelling ressuscité
Au commencement était le train. À sa sortie, l’un des tous premiers films de l’histoire du cinéma : L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat avait terrifié ses spectateurs : « Ce court métrage a eu un impact particulièrement durable ; oui, il a provoqué la crainte, la terreur, et même la panique… » peut-on lire sur Wikipédia.

Quelle aurait pu être la réaction de ces mêmes spectateurs s’ils avaient été confrontés à Unstoppable, le dernier film de Tony Scott ?
Hum, hum.

Oui, parce que, disons-le, le sujet de base d’Unstoppable n’est pas beaucoup plus palpitant que celui de son illustre ancêtre. En fait, c’est la même chose : tout est dans le titre. Pourtant, et si la force majeure du film tient dans sa mise en scène (sur laquelle je vais tâcher de revenir un peu en détails), le développement de ce sujet simple est brillant, porté par une écriture savamment rythmée.
Pour bien situer Tony Scott, il faut s’imaginer que si ce mec mettait en scène La Belle au bois dormant, le prince y tenterait de réveiller la miss à grands coups de piqures d’adrénaline. Devant Unstoppable, la Belle c’est nous, avec dans les yeux des dizaines de piqures, comme autant de banderilles sur le corps meurtri d’un taureau blessé. Tony Scott est un torrero psychopathe qui accomplit, par l’enchainement frénétique des plans, la mise à mort du spectateur. Petite mort, certes, mais quelle mort. À la Ciotat le train s’arrête, chez Tony Scott, la masse ferroviaire monstrueuse qui s’abat sur nous est innarêtable.
Car si Unstoppable est un film passionnant, c’est essentiellement pour deux raisons :
- Une éblouissante représentation de la masse. Plus lourd que lourd ; par les angles de caméra et le montage du son il réussit à charger le train d’un poids écrasant. La mécanique presque organique rappelle ici Duel de Steven Spielberg.
- Le travelling permanent. En mouvement constant, qui plus est sur des rails, le film n’est que travelling. Explorant ce mouvement de caméra par tous les angles et toutes les vitesses, Scott ressuscite le travelling. Ça bouge, ça bouge et on ne veut pas que ça s’arrête.
Par l’efficacité de sa mise en scène Unstoppable fait passer allègrement la faiblesse des codes classiques du film de catastrophe pour produire une expérience totalement jouissive. Sur un sujet relativement similaire, notamment au travers des scènes de panique dans les centres de contrôle, mais échappant à l’imaginaire de l’européen moyen il surpasse ici Vol 93 de Paul Greengrass (film d’actualité relativement marquant, mais film catastrophe complètement raté).
Voilà. Et sinon je <3 Rosario Dawson.
(il y a 2 ans)
Mouais… (via @Saeptem)
(il y a 2 ans)

