Le Tumblr d'IMtheRookie | Des choses à dire, à montrer, à partager...

Mes réponses au questionnaire Libé

Voilà, le questionnaire de Libé (destiné initialement à Steven Soderbergh) tourne depuis quelques temps de blogs en blogs et j’avais promis d’y répondre. Vous pouvez aussi lire ceux de marivaudage, du Dr. Orlof, de Rob Gordon, de FredMJG, d’I’ll be blog, princessepetitpoi, tumbchaiev ou encore AlexRossignol

• Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?
Aucun. Ou en fait beaucoup trop.
En fait, pendant longtemps mes parents ne m’empêchaient pas de voir les films pour leurs sujets mais parce qu’ils passaient le soir à la télé et qu’ils m’envoyaient me coucher. Beaucoup de frustrations et donc pas mal de lacunes sur les films que tout le monde a vu à la télé dans les années 90.

• Une scène fétiche ou qui vous hante ?
Le regard caméra d’Anna Karina dans les films de Godard. Il y a celui de Pierrot le Fou (“C’que t’es belle ma pépé, c’que t’es belle, c’que t’es belle…”) et puis aussi celui magique de Vivre sa vie avec la jolie chanson de Jean Ferrat.

• Vous dirigez un remake : lequel ?
True Romance. Le meilleur script de Tarantino et une musique fabuleuse d’Hans Zimmer. Je garde ça ainsi que la fin originale de Quentin, et j’essaye de faire mieux que le film bien mais pas topissime de Tony Scott. Le cast original était parfait mais ils ont un peu vieilli : Di Caprio / Anna Farris pourraient faire l’affaire, pas facile de remplacer Dennis Hopper alors pourquoi pas le garder… hum pas sûr que ce soit une bonne idée ce remake ou alors par Quentin !

• Le film que vous avez le plus vu ?
Je vois souvent les films que j’aime 2-3 fois. Les films que j’adore j’ai dû les voir une dizaine de fois tout au plus (Pierrot le fou, Fenêtre sur cour, Rio Bravo, les Tarantino, Ma Nuit chez Maud). Par contre j’ai vu Boulevard de la mort 6 fois en salles ce qui reste mon record. C’est pour moi une pure incarnation du plaisir de faire du cinéma, je ne m’en lasse pas.

• Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire ?
Je suis sensible à des types d’humour très différents du Diner de cons à Tonnerre sous les tropiques en passant par les Monthy Python… Mais ce que préfère c’est quand le rire se mêle de poésie : Aaltra, Certains l’aiment chaud, Woody Allen, Apatow, Tati, Chaplin…

• Votre vie devient un biopic…
Après une première partie un peu chiante sur l’absence de frère, je pars à l’assaut d’Hollywood. Dans mon rôle Matt Damon minaude un peu. La fin choisie par Wes Anderson est assez fantaisiste mais ne manque pas de poésie. On peut rêver hein ?

• Le cinéaste absolu ?
Jean-Luc Godard. Cinéaste. Absolu.

• Le film que vous êtes le seul à connaître ?
Dire que je suis le seul à le connaître est très exagéré (d’ailleurs je l’ai vu avec un ami) mais je n’ai jamais rencontré personne d’autre ayant vu le très perturbant Family Portraits : A trilogy of America. J’ai d’ailleurs créé un groupe facebook à ce sujet rejoint par quelques personnes. Sur l’affiche Abel Ferrara décrivait le film comme : “Une expérience cinématographiquement dérangeante”. Enfin bref, en général les gens n’ont pas vu le film et je prend beaucoup de plaisir à raconter le premier segment totalement horrible de ce film de fou.

Dans le même genre j’ai vu récemment Tras el cristal à l’Absurde Séance, et Les Cabinets du Dr. Ramirez à l’Etrange Festival, deux OVNIS assez rares…

• Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?
La fin d’Annie Hall : “I thought of that old joke, you know, this guy goes to a psychiatrist and says, “Do, my brother’s crazy; he thinks he’s a chicken.” And, the doctor says, “Well, why don’t you turn him in?” The guy says, “I would, but I need the eggs.” Well, I guess that’s pretty much now how I feel about relationships; you know, they’re totally irrational, and crazy, and absurd, and I guess we keep going through it because, most of us need the eggs.”

• L’acteur que vous auriez aimé être ?
Trintignant en noir et blanc dans Ma nuit chez Maud, Un homme et une femme ou Vivement Dimanche.

• Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C’était comment ?
La Sentinelle, tout seul chez moi un dimanche après-midi en VOD sur UniversCiné. Magnifique film d’espionnage sentimental dont je pourrai ressortir le pitch aux prochains qui me diront que Desplechin c’est prise de tête ;).

Bon et ensuite j’ai vu Rapt de Lucas Belvaux avec un ami au cinéma. Grosse déception après La Raison du faible. Les dialogues sont creux et l’ensemble pas très intéressant… dommage.

• Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?
Les entretiens Hitchcock-Truffaut (que je déteste surnommer Hitchbook)… Impossible à adapter correctement, quoique.

• Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?
Les films sujets et pseudo-dépaysants Babel, Slumdog Millionaire… Beurk.

• Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?
Pas d’épitaphe, un monolithe noir.

Voilà, maintenant que c’est fait (et ce fut un peu laborieux), j’aimerais bien connaître les réponses de twitteux munis de blogs comme Alex Hervaud, Nora, Charlotte, smwhrHenry Michel ou raqi33

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La vie plastique mise en boite. Inspirant. Pour en voir plein d’autres, c’est là et c’est suédois.

La vie plastique mise en boite. Inspirant. Pour en voir plein d’autres, c’est là et c’est suédois.

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Les Herbes folles d’Alain Resnais, c’est un peu comme la salade.
Pour faire une bonne salade il faut de bons produits, et, le moins qu’on puisse dire, c’est que le cinéaste en avait à sa disposition avec d’excellents interprètes jusque dans les seconds rôles (Devos et Consigny admirables de justesse). Il faut ensuite les instruments adéquats et là-encore Resnais a de quoi se faire plaisir : plans aériens, plans de grues il est rare qu’une telle palette technique soit déployée pour ce type de films (pour peu qu’on puisse parler de type puisqu’en l’occurrence on a affaire à un OVNI).
Seulement voilà, du haut de son immense carrière, Resnais a tout ce qu’il faut en mains mais semble avoir oublié la recette. Alors il mélange, il expérimente. Une narration volontairement hésitante et raturée, des ellipses soignées, de petits ratés, des faux suspenses, un sens aigu du décor, un érotisme déplacé, des maladresses, des non-dits, des trop-dits…
Dans cet assemblage confus, les bons morceaux sont trop rares. Mais quand on mange une salade… on m’a toujours dit de ne pas faire le tri.
En bonus : La playlist spéciale Alain Resnais sur Vodkaster

Les Herbes folles d’Alain Resnais, c’est un peu comme la salade.

Pour faire une bonne salade il faut de bons produits, et, le moins qu’on puisse dire, c’est que le cinéaste en avait à sa disposition avec d’excellents interprètes jusque dans les seconds rôles (Devos et Consigny admirables de justesse). Il faut ensuite les instruments adéquats et là-encore Resnais a de quoi se faire plaisir : plans aériens, plans de grues il est rare qu’une telle palette technique soit déployée pour ce type de films (pour peu qu’on puisse parler de type puisqu’en l’occurrence on a affaire à un OVNI).

Seulement voilà, du haut de son immense carrière, Resnais a tout ce qu’il faut en mains mais semble avoir oublié la recette. Alors il mélange, il expérimente. Une narration volontairement hésitante et raturée, des ellipses soignées, de petits ratés, des faux suspenses, un sens aigu du décor, un érotisme déplacé, des maladresses, des non-dits, des trop-dits…

Dans cet assemblage confus, les bons morceaux sont trop rares. Mais quand on mange une salade… on m’a toujours dit de ne pas faire le tri.

En bonus : La playlist spéciale Alain Resnais sur Vodkaster

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Contre vents et marées je suis allé voir This is it ce soir avec un pote. Ça c’est passé très vite, je voulais un truc pas trop prise de tête, j’ai proposé This is it ou Cinéman, il a dit This is it, j’ai dit ok.
Comme l’a signalé assez bruyamment un type derrière nous dans la salle, ça commence comme Star Wars, un texte défile pour nous mettre dans l’ambiance, MJ préparait une série de “50 concerts uniques”, il est mort, ça a été 50 concerts que dalle.
Et puis le film commence. La musique est forte et nous supplie de se trémousser. Le montage nous rappelle qu’on doit s’incliner devant l’idole.
Mais sous l’épaisse couche de pathos, on trouve une certaine grâce. Mieux, il y a de la comédie. Au coeur du film un échange entre MJ et un technicien hors champ sur le volume sonore dans les oreillettes de retour est tout simplement un des plus beaux moments de comédie de l’année. Car ce qui est assez fascinant c’est que l’entourage du King of Pop ne fait pas carpette. Au contraire, les collaborateurs ont tendance à charrier et c’est souvent très savoureux.
Pour ces quelques moments qui rappellent le chef d’oeuvre du genre : In bed with Madonna le film mérite un peu d’intérêt. Le reste sert la soupe de la maison de disque qui a produit le bazar. Quoiqu’il en soit ils ont raison, Michael Jackson est éternel.

Contre vents et marées je suis allé voir This is it ce soir avec un pote. Ça c’est passé très vite, je voulais un truc pas trop prise de tête, j’ai proposé This is it ou Cinéman, il a dit This is it, j’ai dit ok.

Comme l’a signalé assez bruyamment un type derrière nous dans la salle, ça commence comme Star Wars, un texte défile pour nous mettre dans l’ambiance, MJ préparait une série de “50 concerts uniques”, il est mort, ça a été 50 concerts que dalle.

Et puis le film commence. La musique est forte et nous supplie de se trémousser. Le montage nous rappelle qu’on doit s’incliner devant l’idole.

Mais sous l’épaisse couche de pathos, on trouve une certaine grâce. Mieux, il y a de la comédie. Au coeur du film un échange entre MJ et un technicien hors champ sur le volume sonore dans les oreillettes de retour est tout simplement un des plus beaux moments de comédie de l’année. Car ce qui est assez fascinant c’est que l’entourage du King of Pop ne fait pas carpette. Au contraire, les collaborateurs ont tendance à charrier et c’est souvent très savoureux.

Pour ces quelques moments qui rappellent le chef d’oeuvre du genre : In bed with Madonna le film mérite un peu d’intérêt. Le reste sert la soupe de la maison de disque qui a produit le bazar. Quoiqu’il en soit ils ont raison, Michael Jackson est éternel.

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Partir de très haut

Comme ça faisait une blinde que je n’avais pas vraiment parlé de films ici, je m’y colle ce soir avec deux films vus en avant-premières ces dernières semaines.

Les deux films (The Box de Richard Kelly et Away we go de Sam Mendes) sortent mercredi prochain (le 4 novembre) il est donc pile poil temps d’en parler. Disons le tout de suite, ces deux films n’ont rien à voir l’un avec l’autre, mais je trouve assez intéressant de se pencher sur le destin de ces deux jeunes cinéastes qui ont en commun d’avoir tous les deux explosé avec un premier film devenu immédiatement culte.

D’ailleurs, pour le coup, leurs premiers films se ressemblent. Il y est question de la morosité des suburbs, ça sent la névrose et l’existentialisme… Coïncidence ou pas les deux gaillards feront d’ailleurs des références explicites aux philosophes existentialistes français dans leurs films suivants : un troufion qui lit L’étranger dans Jarehead et Cameron Diaz qui disserte sur Huis Clos dans The Box.

Bref, Sam Mendes a commencé avec le film ultime : American Beauty, c’était beau comme du Altman et on pouvait se dire qu’on avait là affaire à un très grand. Ensuite les choses se sont un peu gâtées avec le boring Road to perdition et l’inepte Jarehead. Bref Sam Mendes avait tout d’un sous-Soderbergh, hyper précoce et par la suite hyper décevant… Mais il y a eu Les Noces rebelles, nouvelle claque, nouvelle donne. Je m’étais dit ça y’est, il est rodé, ça va être un grand !

Et puis voilà Away we go, une caricature de film indé. Je n’étais déjà pas très client de Little Miss Sunshine et Juno, mais là on est dans le “sweet & sad but sweet” jusqu’à l’écoeurement et, si je dois dire que ce n’est pas non plus insupportable, l’ensemble m’a bien gonflé. Mendes nage, petit bras, dans une semoule épaisse et folkeuse.

De tout ça, je retiendrai quand même une scène — foudroyante — dans un bar à strip-tease amateur de Montréal (mais je m’abstiendrai de vous spoiler sauvagement).

Je ne comprends vraiment pas pourquoi Mendes est allé se vautrer dans une affaire aussi impersonnelle. Pour varier ? Pour faire encore un peu plus état de sa capacité à changer de genre comme de chemise ? Décidément, le pauvre Sam est bien un Soderbergh de pacotille !

Richard Kelly a, pour sa part, eu une évolution radicalement opposée. Le point de départ, Donnie Darko, n’est pas très loin d’un American Beauty gonflé d’une généreuse tonalité fantastique (voire borderline). Ce premier film était immense et complet, pas facile d’enchainer…

Et justement, ça n’a pas été facile. Southland Tales présenté à Cannes en 2006, n’est ensuite jamais sorti en salles en France. Le film (découvert au moment de la sortie DVD) est ultra-ambitieux et limite mégalo et le résultat n’est pas à la hauteur. Le grandiose côtoie le carrément raté dans un magma vraiment trop confus complexe.

Et puis voilà The Box. Le film décolle comme une fusée. Après une ascension fulgurante (au bout de 20 minutes je croyais encore faire face à un putain de chef-d’oeuvre) le bazar explose littéralement en vol, comme le dirigeable à la fin de Southland Tales. Heureusement un peu moins ambitieux que pour son film précédent, Kelly vise encore trop haut et nous lâche.

La chute qui nous ramène à une forme basse et terne de réalisme dans le dernier quart d’heure se vit comme une terrible gueule de bois que la torture psychologique finale (d’une violence inouïe) n’arrange pas.

Voilà. Entre le mou et le fragile, à vous de choisir. Pour ma part j’aurai tendance à préférer le film raté de Kelly à celui de Mendes qui n’essaye même pas.

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Ironie cinéphile

Alors oui, j’avoue, je suis distrait. Comme l’a signalé Benoit sur Twitter, ce soir pour moi c’était EPIC FAIL. Pour vous la faire courte je suis parti en vitesse de chez Vodkaster ce soir pour aller détester mollement le dernier Jeunet au cinéma et me rendre compte en sortant que comme un con j’avais oublié mes clefs au bureau.

Et c’est là que la poésie cinéphile commence…

Car pour pouvoir finalement rentrer chez moi, d’où j’écris ces quelques lignes, j’ai dû jouer mon joker “coup de fil à un associé”. Je fonce donc chez lui (détail marrant, c’est le lieu de tournage des Clefs de bagnole) pour recevoir la clef du bureau (pour gagner du temps, il me l’envoie par la fenêtre, exactement comme dans cette jolie scène de La Vie est belle) et je repars pour une autre traversée de Paris jusqu’au bureau où j’ai retrouvé mon trousseau bien en évidence.

Tout cela peut vous paraître fou, mais c’est absolument véridique.

Voilà.

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Hey !

Hey !

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Mes albums du moment

Bon ok en ce moment ya l’album de the xx qui claque pas mal et celui de Scarlett dont j’ai déjà parlé ici. Si j’ajoute à cela The Flaming Lips et Los Campesinos! on peut dire qu’on est assez confortablement calés dans l’air du temps…

Ouais mais voilà, j’avoue bloquer aussi pas mal sur des vieilleries depuis quelques jours et notamment sur cet album instrumental de McCartney sorti en 71 et dont la pochette, WTF à souhait, illustre ce billet. Je connaissais assez mal les carrières solos des Beatles (qui eux ne sont pas dispos sur Spotify) et je dois dire que je surkiffe (si vous me permettez l’expression), ne serait-ce que pour le dernier morceau de l’albumqui est une sorte de lutte à mort entre du jazz d’ascenseur gentil mais mou et un fond de pop épique qui déchire tout à grands coups de cors de chasse de je sais pas quoi. Et sinon dans un genre totalement différent McCartney a fait dix ans plus tard cette petite tuerie qui s’appelle Temporary Secretary (découvert il y a quelques temps grâce à l’ami le nouvel album de Benjamin Biolay est pas trop mal aussi.

Enfin, je raconte tout ça mais le mieux c’est que vous alliez directement ici anwa. C’est ma playlist IMtheRookie écoute, en gros j’y met en vrac mes albums du moment je la mettrai à jour au fil de l’eau en enlevant et en ajoutant des trucs parfois sans rien dire.

Pour les insultes et les conseils ça se passe dans les commentaires ci-dessous…

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That’s my girl ! (Photo via alongwaytogohome)

That’s my girl ! (Photo via alongwaytogohome)

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Right here, right now

C’est con la vie.

Sans tomber dans de la prousterie à deux balles : j’écoute ça et j’ai 12 ans. Je suis sur un parking dans le sud de l’Angleterre, ça sent les fish and chips. Des mouettes se disputent un papier d’allu gras et je vois tout ça briller crânement sous un soleil désolé d’être là.

Moi j’ai un peu la gerbe. Le voyage en car à été long et j’ai passé mon temps à faire le malin à l’arrière. Petit à petit je crois m’être détaché de mon corps, à force de jouer à être un autre. Je vois ce petit bonhomme, roux comme une bière blonde, et je me dis que c’est pas moi, que c’est un souvenir bancal et hallucinant.

On est tous descendus pour respirer un peu l’air salé dans un patelin qui pourrait s’appeler Plyston ou Glasburry. On s’en fout c’est le désert. Right here, right now. On siffle, on fredonne, on fait la basse en agitant la tête. Ouais, ce truc est une drogue.

On a un quart d’heure de temps libre alors avec deux trois potes on s’écarte du groupe et on marche un peu. “Parait qu’on peut voir la mer là-bas !”. La mer, tu parles. Le car s’est échoué dans un océan de parkings ; ça en fait déjà deux qu’on traverse. On marche, mais je dois m’arrêter pour refaire ces saloperies de lacets ; des baskets même pas à la mode.

Attendez-moi les mecs !

Ils m’attendent pas.

Quand je me relève, je ne vois plus personne. En fait si. Des types là, qui viennent vers moi. Ils sont 15, 20 peut-être. Je fais pas le fier, ce sont des grands. J’en entend quelques uns ricaner et je me rend compte qu’un autre groupe arrive derrière moi, je suis cerné. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?

Ils ne sont plus qu’à quelques mètres quand je prend conscience de ce qui rend cette histoire vraiment extraordinaire. Ils sont tous roux ! Le plus grand de la bande est un barbus avec un t-shirt Oasis. Il me toise et prend la parole :

“I’m Paul.”

Avec le recul c’est un peu bizarre, car mon anglais n’était pas si bon. Mais j’ai compris chacun des mots qu’il a prononcé ce jour-là. C’est comme s’il s’était exprimé en français, voire dans un langage à nous. C’est d’ailleurs pas si idiot ; peut-être qu’on a notre langage à nous.

“Je suis Paul. Nous sommes là pour procéder à ton intégration. Normalement le bureau français aurait dû s’en occuper mais il y a eu du remous aux dernières élections et c’est devenu vraiment n’importe quoi là-bas.”

Il m’a tout déballé : les formalités administratives, les procédures de transmission, les difficultés à étendre le mouvement au-delà du Royaume-Uni malgré des antennes dans toute l’Europe, les guerres intestines et le rôle global de l’organisation…

J’écoutais ça complètement médusé. Il a continué :

“Voilà, notre couleur de cheveux est le marqueur visible de notre disposition génétique à porter le secret dont nous devons absolument être les garants. Si le secret était dévoilé, ou s’il disparaissait, les conséquences seraient terribles.”

Et puis il m’a révélé le secret et j’ai compris.

“Tu fais maintenant partie de ceux qui savent.”

Globalement, la plupart des gars qui m’encerclaient étaient assez maigres. Les coudes pointus, les joues légèrement creusées. Il y avait un gros quand même, avec un maillot d’Arsenal et le visage couvert de petites tâches. Il m’a attrapé le bras et Paul m’a fait une piqûre. Je n’ai pas bougé. C’est insensé mais je n’ai pas bougé. Ils étaient tous si calmes. Paul m’a expliqué que cette piqûre était une sécurité indispensable, elle contient un sérum mortel qui agit de manière foudroyante si je tente de dévoiler le secret. Pas encore très au point, le sérum a des effets secondaires qui nous rend plus sensibles à la douleur.

Et puis ils sont partis. J’étais grisé. C’est une sensation extraordinaire de savoir. Mes potes sont revenus, on est remontés dans le car.

Nous ne formons pas une communauté, c’est exactement le contraire. A part les quelques membres du bureau central, personne ne se côtoie. D’ailleurs je ne connais personne d’autre qui sait. Quand je croise l’un de mes semblables dans la rue ou dans le métro nous ne partageons rien de plus qu’un malaise réciproque. Nous ne sommes pas faits pour vivre ensemble, mais isolés, séparés du reste du monde par la lucidité que nous confère le secret.

Un jour peut-être tout le monde saura. Là, tout de suite, je revois la campagne anglaise défiler entre les rideaux tirés par ceux qui voulaient regarder un film que j’avais déjà vu.

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